Un musulman peut-il accepter les cadeaux des mécréants à l’occasion de leurs fêtes ?
Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Comme le montrent les textes et le consensus des savants, il est formellement interdit à un musulman de participer aux fêtes des mécréants et de les féliciter pour celles-ci.
Cela a été détaillé dans le document suivant :
L'interdiction de fêter les fêtes des non-musulmans et de les féliciter pour celles-ci
Mais une question se pose : Si à l’occasion de l’une de leurs fêtes, un mécréant offre comme cadeau à un musulman une chose qui est à la base permise dans la législation islamique sans que celui-ci n’ait rien demandé, peut-il accepter ce cadeau ?
De manière résumée, la réponse à cette question est que la base est qu’il est permis au musulman d’accepter ce cadeau car cela n’est pas une forme d’aide ou de participation à cette fête.
Cheikh Al Islam Ibn Taymiya (mort en 728 du calendrier hégirien) a dit : « En ce qui concerne le fait d’accepter le cadeau qu’ils font lors de leur fête, nous avons certes mentionné qu’on a apporté à ‘Ali Ibn Abi Talib (qu’Allah l’agrée) un cadeau du Nayrouz (1) qu’il a accepté.
(…) (2)
Ainsi, tout cela montre que le fait qu’il s’agisse de leur fête n’a pas d’influence sur l’acceptation de leur cadeau.
Le jugement de leur cadeau lors de leur fête est le même qu’à un autre moment car cela ne constitue pas une aide qui leur serait apportée dans les rites de leur mécréance ».
(Iqtida As Sirat Al Moustaqim vol 2 p 554)
(1) C’est le nom d’une des fêtes des mécréants.
(2) À cet endroit, Cheikh Al Islam Ibn Taymiya a cité deux autres textes à propos de l’acceptation des cadeaux des mécréants lors de leur fête.
L’un d’après ‘Aicha (qu’Allah l’agrée) et l’autre d’après Abou Barza Al Aslami (qu’Allah l’agrée) mais les chaînes de transmission de ces textes sont faibles.
(Voir le Moussanaf de Ibn Abi Chayba avec la correction de Cheikh Chathri n°34862 et n°34863)
قال شيخ الإسلام ابن تيمية : وأما قبول الهدية منهم يوم عيدهم فقد قدمنا عن علي بن أبي طالب رضي الله عنه أنّه أُتِي بهدية النيروز فقبلها
(...)
فهذا كلّه يدلّ على أنّه لا تأثير للعيد في المنع من قبول هديتهم بل حكمها في العيد وغيره سواء لأنّه ليس في ذلك إعانة لهم على شعائر كفرهم
(اقتضاء الصراط المستقيم ج ٢ ص ٥٥٤)
Ceci est prouvé par les textes suivants :
· L’imam Abou ‘Oubeid Al Qassim Ibn Sallam a dit : Sa’id Ibn Muhammed (1) nous a informés d’après Haroun Ibn ‘Antara (2) que son père (3) a dit : « Le jour du Nayrouz ou du Mahrajan (4), je suis allé voir ‘Ali (qu’Allah l’agrée) à Al Rahba (5) et il y avait auprès de lui des notables et des cadeaux ».
(Rapporté par Abou ‘Oubeid dans Kitab Al Amwal n°675 et sa chaîne de transmission est authentique)
(1) Il s’agit de Sa’id Ibn Abi Maryam (mort en 224 du calendrier hégirien) qui était un des imams dignes de confiance de la science du hadith.
(Voir Siyar A’lam An Noubala de l’imam Dhahabi vol 10 p 327 et Tahdhib Al Kamal de l’imam Al Mizzi vol 10 p 391)
(2) Haroun Ibn ‘Antara (mort en 142 du calendrier hégirien) est digne de confiance.
(Voir Tahdhib Al Kamal de l’imam Al Mizzi vol 30 p 100)
(3) Il s’agit de ‘Antara Ibn ‘Abder Rahman (mort en 90 du calendrier hégirien) qui est digne de confiance.
(Voir Soualat Al Barqani Li Daraqoutni p 40, Al Jarh Wa Ta’dil de Ibn Abi Hatim vol 7 p 135)
(4) Ce sont les noms de deux des fêtes des mécréants.
(5) C’est le nom d’un endroit proche de la ville de Koufa en Irak.
قال الإمام أبو عبيد القاسم بن سلام : حدثنا سعيد بن محمد عن هارون بن عنترة عن أبيه قال : أتيت عليًّا رضي الله عنه بالرَّحْبَةِ يَوْمَ نيروز أو مهرجان وعنده دهاقين وهدايا
(رواه أبو عبيد في كتاب الأموال رقم ٦٧٥ وسنده صحيح)
· D’après Haywa Ibn Chourayh, ‘Oqba Ibn Mouslim (mort en 120 du calendrier hégirien) et Qays Ibn Rafi’ (mort en 91 du calendrier hégirien) ont dit : « Ce qui a été sacrifié comme bêtes pour la fête de l’église et ce qui nous est donné en cadeau comme viande (1) ou pain (2) nous est permis.
Il ne s’agit que de la nourriture des Gens du Livre ».
(Rapporté par Tabari dans son Tefsir n°2475 et authentifié par Cheikh Islam Mansour dans sa correction du Tefsir Tabari vol 2 p 36)
(1) Il est important de mentionner qu’il y a une divergence forte sur le fait d’accepter et de consommer les animaux que les Gens du Livre ont sacrifié lors de leurs fêtes pour se rapprocher d’autres qu’Allah.
L’interdiction de cela a été rapportée de certains compagnons du Prophète (qu’Allah les agrée tous).
(Voir Iqtida As Sirat Al Moustaqim de Cheikh Al Islam Ibn Taymiya vol 2 p 555)
(2) Cela montre qu’ils voyaient la permission de manger ce pain qui leur avait été donné à cette occasion.
عن حيوة بن شريح عن عقبة بن مسلم التجيبي وقيس بن رافع الأشجعي أنّهما قالا : حل لنا ما يذبح لعيد الكنائس وما أهدي من خبز أو لحم وإنما هو طعام أهل الكتاب
(رواه الطبري في تفسيره رقم ٢٤٧٥ وصححه الشيخ إسلام منصور في تحقيق تفسير الطبري ج ٢ ص ٣٦)
Par contre, dans l’hypothèse où l’acceptation de ce cadeau est perçue comme une forme d’agrément de leur fête ou que par celle-ci le mécréant pense prendre une forme d’ascendance sur le musulman alors il faut le refuser.
Cheikh ‘Otheimine a dit : « Ainsi, il faut détailler cette question en disant que si on craint qu’en acceptant leurs cadeaux, les mécréants gagnent de l’importance, prennent une forme d’ascendance et pensent que cela est de notre part une forme d’agrément de leurs fêtes alors certes on n’accepte pas le cadeau et cela que celui-ci doive être sacrifié ou pas ». (*)
(Charh Iqtida As Sirat Al Moustaqim p 409)
(*) C’est-à-dire qu’il s’agisse de la viande d’un animal qu’ils ont sacrifié à cette occasion ou d’autre chose.
قال الشيخ العثيمين : فلهذا ينبغي أن يفصّل في هذه المسالة ويُقال : إذا خِيفَ أن يترفع الكُفَّار وأن يستعلوا وأن يظنُّوا أنَّ هذا رضا منّا بأعيادهم فإنه لا يقبل الهدية سواء كان مما يُشترط فيه الذّكاة أو لا
(شرح اقتضاء الصراط المستقيم ص ٤٠٩)